Soeur Christiane Moret

De Papa... au Carmel...

Tout enfant une grande épreuve nous as frappés: notre Papa nous as quittés... le soir il rentrait plus tard et puis il n'est plus revenu... Il nous a abandonnés, Maman... et nous trois, mon frère de 12 ans, ma sœur de 10 ans et moi au milieu – alors que j'étais sa chouchou!

Ce fut terrible! Maman était blessée au cœur et nous n'avions plus de racines: rien où s'accrocher, sans rien comprendre: sinon sa place vide!

Vivre ainsi? Impossible! Alors j'ai convié mon frère et ma sœur à prier pour que Papa revienne. Nous sommes «devenus sages» afin qu'il revienne. Il en fallait donc plus?

J'ai décidé de me faire sœur pour que Papa revienne! «Chante rossignol chante toi qui a le cœur gai, tu as le cœur à rire, moi je l'ai à pleurer, Papa il y a longtemps que je t'aime...»

Entre temps mon frère fut confié à Papa, et Maman s'engageait avec joie à nous élever toutes deux. Ne recevant rien pour elle, Maman dut se trouver un travail pour «joindre les deux bouts». Femme de contact, elle fut à l'aise et fit merveille dans la vente.

Un jour, dans le tram, un missionnaire en blanc et casque colonial m'interpelle: viens avec moi? Oui! de suite! Quand Maman demande «que veux-tu faire?», je réponds: sœur chez les petits noirs. Elle était heureuse de donner une fille au Bon Dieu. Papa non, car il savait que c'était «pour qu'il revienne»!

Un prêtre ami me place alors devant mon choix: tu veux te faire sœur pour Papa? Où bien le Seigneur t'appelle? Là est toute la différence: «Aller au couvent ou être appelée, choisie?»

Nous faisons deux ans d'école ménagère en institut, bénéfiques pour moi car nous étions seules comme les autres. Dans la prière et l'écoute de l'Évangile montait en moi une douceur, souvent j'étais à la messe en semaine avec les Sœurs. À la retraite de l'école j'ai connu la «Petite Thérèse»: elle m'a séduite et je voulais entrer vite au Carmel, j'avais déjà 16 ans! Il s'en suivit des courriers avec le Carmel de Lisieux car bien sûr, c'est là que je devais entrer...

Je reçus le 5 avril 1963: «Nous regrettons ne pas pouvoir vous prendre à Lisieux.»
Ce fut terrible! ...abandonnée! à nouveau... même Jésus ne voulait pas de moi?

Du Carmel... à «Saint-Augustin»

Là encore, la clairvoyance du chanoine, ma prière et la rencontre du Christ à la messe me firent dépasser l'épreuve. S'il n'y'avait plus de place à Lisieux = voir ailleurs, Carmel du Sacré-Cœur en Provence, Carmel N.-D. du Pâquier en Gruyère. À l'été 62, Zurich me vit arriver, afin d'apprendre l'allemand. J'étais en famille, comme la grande sœur de Camilla et Patrizia, et ce séjour me fit grand bien. J'écrivais au Pâquier: Sœur M.-Thérèse me répondit et précisa: pas d'entrée avant 20 et même 21 ans. «Le Seigneur n'est pas pressé il nous laisse beaucoup de temps, c'est nous qui sommes pressées.» Vous pourriez faire une retraite de 3 jours en automne, chez nous. J'y suis allée. Mais... attendre trois à quatre ans, quel vide!

Et si c'était ça! mon chemin d'Emmaüs? = Jésus chemine avec moi et... je ne le sais pas.

Ensuite j'ai travaillé comme vendeuse à Sion, Martigny, Lausanne; j'ai aussi fréquenté pour enfin revenir à la vie consacrée. En 1966, je suis arrivée à Saint-Maurice à l'Œuvre Saint-Augustin: J'eus alors la joie d'aider Mr Pierre Toyen, un Togolais, à la confection d'un livre: «Amitiés de...» Exaltante surprise: La Congrégation a une mission au Togo!

L'appel resurgit, véhément, indomptable: donner ma vie pour l'annonce de la Bonne Nouvelle: le Verbe de Dieu fait chair, Christ Vivant vainqueur du péché et de la mort. Et aujourd'hui, Bonne Nouvelle aussi pour les séparés, les divorcés les remariés, les cabossés de la vie dans l'Église Miséricordieuse du pape François et de «frère» Joël Pralong.

Et ainsi le lieu... devint secondaire: vivre le Carmel dans le fond de mon cœur où Jésus demeure et dans l'humble travail quotidien avec Jésus, Marie et Joseph à Nazareth et avec des «copines – partageant le même pain». Le jeudi 18 mai 1967, j'entrai à Saint-Augustin après un an de travail aux Bulletins Paroissiaux. Le 24 mai: profession de quatre Sœurs, une Valaisanne et les trois premières Sœurs du Togo, en présence de Mgr Robert Casimir Dosseh.

2014 Alléluia! Je suis encore là! Il est Amour car:

«Rien n'est impossible à Dieu.» (Lc 1,34)

Soeur Gabriela Enasoae

Histoire de ma vocation

«Et moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert!» Lc 22, 27

Née en 1969 dans la Roumanie communiste, j'ai pu faire la Première communion et la Confirmation, mais dans une Église du silence. On ne devait pas trop manifester notre présence, notre participation à la vie de la société. On était tolérés, mais pas plus.

Vers 10 ans, j'ai constaté qu'à l'école, ils nous disaient que Dieu n'existe pas, et à l'église qu'il existe. J'étais écartelée. Cette dichotomie me faisait mal, alors j'ai commencé à mieux écouter les arguments des uns et des autres. Comme on n'avait pas de livres religieux, j'allais plus souvent à la messe et j'écoutais de plus en plus consciemment tout ce que j'entendais. Et voici qu'à l'âge de 12 ans j'ai compris que Dieu est Amour, qu'il nous aime d'un amour fou, mais que beaucoup ne le comprennent pas. Un amour donné, mais pas imposé. À ce moment-là, je me faisais des scénarios dans ma tête: comment expliquer aux autres, à la société communiste, que Dieu existe, qu'il nous aime? Plus tard, j'ai hésité entre suivre une vie consacrée ou fonder une famille.

Dans la Roumanie communiste, aucune congrégation, aucun monastère catholique ne pouvait exister officiellement. Donc la voie c'était ou une vie consacrée cachée ou fonder une famille. Comme je priais et réfléchissais, voici que j'ai senti un appel au fond de moi d'aller sur la voie de la vie consacrée sans avoir peur car le Seigneur était avec moi. C'était la nuit du 14 au 15 août 1986. Je n'avais pas encore 18 ans. Sans dire mot à personne, j'ai commencé cette vie guidée par l'Esprit. Au début de mes études universitaires, j'ai cherché un prêtre pour me confirmer dans ma vocation et m'aider à la réaliser. J'ai reçu cette grâce pour mes 20 ans. Ensuite, il y a eu la chute du régime communiste, en décembre 1989. La joie d'un nouveau début était grande. La liberté d'expression est revenue dans la société et dans l'Église. Les mass-médias m'ont fascinée et je sentais la vocation d'aider les autres par ces moyens.

En 1999 je travaillais pour les éditions de mon Diocèse de Lasi et j'avais le désir de vivre deux ans à l'extérieur du pays, tant pour me faire un petit pécule que pour une expérience. Me voici à frapper à la porte des Sœurs de Saint-Augustin qui m'ont proposé d'aller en mission au Togo pour deux ans comme coopératrice missionnaire (1999-2001). C'est là que le 11 août 2000 j'ai senti l'appel de me laisser guider par l'Esprit, de me mettre au service, d'avoir la disponibilité et d'entrer dans la Congrégation des Sœurs de Saint-Augustin. C'était un moment fort, fondateur.

Novembre 2001: me voici postulante, ensuite novice. Le 22 mai 2004 j'ai fait mes premiers vœux et le 20 juin 2010 les vœux perpétuels. La joie de suivre Jésus est grande!

Soeur Claudia Bachmann

J'ai peur. Brise ma résistance, Seigneur !

Depuis l'âge de 16 ans j'ai cru comprendre que le Seigneur aurait voulu que je le suive... mais vraiment, je ne voyais pas comment, et je mettais son « appel » en doute.

Certes, cela pouvait être une belle aventure ! J'avais appris à connaître les Sœurs de Saint-Augustin à Saint-Maurice quand j'avais 14 ans et demi. Ma belle-mère et moi ne s'entendant pas très bien, il nous fallait « changer » quelque chose à notre espace de vie. Mes parents proposaient que je parte en Suisse romande apprendre le français, alors que moi je n'en avais aucune envie mais pas vraiment le choix. Je ne savais pas que j'allais aboutir dans une maison de Sœurs. « Religieuses » – ainsi indiqué sur le prospectus – ne voulais pas dire « Sœurs » pour nous, mais juste des femmes ayant du souci aussi bien de l'âme que du corps de jeunes volontaires. Je donnais donc mon accord... et la surprise fut totale, de me trouver en face de « Bonnes Sœurs ». Cela n'a pas été mon monde le plus apprécié depuis l'enfance, ni dans mon village, ni à l'école secondaire, ni dans ma propre famille. Bref, j'ai été amenée par ma marraine à Saint-Maurice pour y apprendre cette langue dont je jugeais ne pas avoir besoin dans ma vie.

J'ai rencontré des Sœurs sympathiques et aimantes, d'autres exigeantes, certaines injustes à mes yeux. Mais qui étaient-elles ? La question du « comment » était remontée à la surface. Oui, comment le Samuel de la Bible avait-il entendu Dieu lui parler ? Comment Dieu appelait-il ? Comment pouvait-on être sûr que c'était Lui ? – Et puis, un jour Son appel. J'ai entendu prononcer mon nom. À un endroit où travaillait une amie religieuse... mais j'avais beau la chercher, elle n'était pas là. Mon nom donc ! Je me suis agenouillée sur la dernière marche de l'escalier – pensant à Samuel – et j'ai dit : « Si c'est Toi qui me parles, Seigneur, il faudra être plus clair. J'ai bien entendu qu'on m'appelle par mon nom. Mais que veux-tu que je comprenne ? Comment savoir que c'est Toi ?»

Trois ans ont passé. J'avais quitté Saint-Augustin et étais en apprentissage de typographe. Très engagée dans la vie des groupes de jeunes de la région de Jona-Rapperswil, j'ai été amenée – lors d'un pèlerinage de la paroisse au Ranft – à découvrir saint Nicolas de Flüe. Mes parents avaient toujours eu un tableau de ce saint suspendu au salon. Durant le pèlerinage j'ai eu l'occasion de mieux apprendre à le connaître, à comprendre un peu l'appel incroyable que le Seigneur lui avait adressé et la mission qu'Il attendait de lui. Tout quitter pour Lui. Dans la prière et dans l'amour, avec le consentement de sa femme Dorothée. Pour devenir plus tard, grâce à leur « oui » inconditionnel, le saint patron de notre pays.

La vie de Nicolas de Flüe m'a beaucoup bouleversée. Elle m'a fait apercevoir la grandeur de l'appel de Dieu... Aussi, j'ai décidé – comme j'aimais la calligraphie et que j'ai appris à écrire le gothic – de faire moi-même un livre sur la vie de saint Nicolas. Je souhaitais la tracer en lettres gothiques sur de grandes feuilles, avec des magnifiques lettrines au début. Je confectionnais un modèle de page et je me suis mise à écrire le texte de la vie du saint, sachant que je ne pourrais pas payer les droits de reproduction d'un texte existant. Durant deux semaines de vacances je me suis laissé imprégner du paysage, de l'esprit du Ranft, de cette vie qui me fascinait tant. Assise au Flüeli face à la grande statue du saint personnage ou dans la vallée sur les pierres près de la Melchaa, je me suis appliquée à préparer le manuscrit. Le murmure de l'eau a favorisé « ma retraite du monde », m'a permis de vivre dans un genre de bulle, où le texte se construisait ligne par ligne.

Soudain je suis restée bloquée dans mon écriture. Je ne pouvais écrire sans approfondir, sans prier... et sans me rendre à l'évidence que jamais mes mots ne pourraient traduire ce qui s'était passé en Nicolas au moment de cet appel du Seigneur, tant que moi-même je refusais de dire mon « oui ». Aussi, je suis rentrée chez moi et désormais j'ai répété, souvent et non pas sans larmes, cette prière affichée à la paroisse pour une journée des vocations :
Tu m'as appelée, Seigneur.
J'ai peur.
Brise ma résistance !

Il l'a brisée, peu à peu. C'est au cours de l'année 1980 que je Lui ai dit « oui ».

Soeur Gabriela Enasoae

Une joyeuse vocation missionnaire par les mass-médias

«Et moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert!» Lc 22, 27

Une vie consacrée, qu'est-ce que c'est? C'est la vie qui, à la suite d'un appel de Dieu, laisse l'Esprit saint la modeler, la conduire pour être totalement au service du Royaume. Ça ne va pas de soi, comme avec un pilote automatique, on enclenche un bouton et hop... ça marche. Non. C'est un long cheminement, un compagnonnage de Dieu avec nous, c'est une amitié. Dieu ne nous annule rien de ce que nous sommes mais veut faire avec ce que nous sommes. Il veut nous aider à devenir ses vrais enfants, que nous mettions notre amour, nos forces, nos capacités au service de son Amour et des autres.

Quand j'étais au noviciat, on nous disait que la vie consacrée est un chemin de liberté, de vie, d'amour. Au début, je ne comprenais pas tout, je faisais confiance, mais aujourd'hui, avec un recul de 10 ans de vœux, je peux vraiment témoigner que c'est vrai. Une grande liberté à l'intérieur de nous, dans le sens que les priorités se mettent là où il faut, la vie se simplifie, la joie est au rendez-vous, la grâce de Dieu est fidèle et l'amitié de Dieu et des autres se vit concrètement. Les vœux aident à mettre en route ce projet. C'est vraiment essentiel. Les vœux ne sont pas des «contraintes», des choix arbitraires, non. C'est des outils, des moyens en vue de vivre une vraie vie, en plénitude.

Je viens de l'immigration. Originaire de Roumanie, je vis en Suisse depuis 13 ans. Je suis entrée dans la Congrégation des Sœurs de Saint-Augustin en 2001, à l'âge de 32 ans, après avoir vécu les deux dernières années comme laïque dans la mission des Sœurs au Togo. Ma vocation à la vie consacrée date de 1986, durant les années de communisme. J'avais à l'époque presque 18 ans et j'ai senti la brise légère de la grâce de Dieu qui a commencé à mettre son empreinte sur moi (voir l'histoire de ma vocation plus loin).

C'était les années dures de la dictature. Je voyais ma vie comme une offrande de prière, de charité, mais beaucoup en silence, en secret, car le régime communiste n'acceptait pas cela et était impitoyable. J'avais peur, mais je savais que le Seigneur est là. Donc la dimension communautaire était fort intériorisée et moins extériorisée.

En entrant dans la vie religieuse, j'ai compris que la vie communautaire est capitale. Donc pour moi chaque jour c'est une école de vie, de service, d'appel pour qu'ensemble nous soyons le peuple de Dieu.

Un autre aspect important, c'est le fait de ne pas bien savoir la langue, de ne pas avoir ses études reconnues, de ne pas avoir tous les droits comme tout Suisse, etc. Cette situation m'a faite solidaire de tout immigré du monde et m'a aidée dans l'offrande de moi-même pour me mettre au service de l'autre. L'accent est mis sur la personne et pas sur ce qui est accessoire. Cette phrase de Jésus: «Je suis au milieu de vous comme celui qui sert» me touche et me donne la force d'avancer sur ce chemin.

Les jeunes, c'est un autre sujet qui me motive. Je ne suis pas une pédagogue, je ne me suis pas sentie appelée à être professeur, mais leur vie, leur situation m'interpelle et me fais lire, penser, discuter, prier pour eux et avec eux.

Je n'ai pas encore parlé d'un autre grand amour qui me motive depuis l'âge de 12 ans: les mass-médias. Notre congrégation a une maison d'édition (revues, livres), des librairies... Comme la technique a évolué, on peut se sentir petit, non significatif... mais à chaque fois la grâce m'appelle à ne pas déserter le lieu, à être dans ce milieu porteuse de vie, de valeur, d'amour et d'éternité avec les autres collaborateurs consacrés et laïcs.

Pour toute réalité pour laquelle je me sens faible, incapable au début, il y a en moi comme un moteur qui me met en route pour lire quelque chose à ce sujet, pour essayer de comprendre la situation, de la porter dans le cœur, dans la prière, de partager avec les autres. Et c'est cela être religieuse, porter une maternité d'un autre genre, une maternité de l'humain, de la Vie en servant avec le Seigneur.

Soeur Claire Donnet-Descartes

« Pour toi, j’ai accepté de tout perdre »

J'avais 8 ans. C'était le 18 mai 1940, veille de ma première communion. Dans une lettre
arrivée « à mon nom » ce jour-là (je l'ai encore), mon frère séminariste me disait « Dis toujours oui à Jésus ». La joie de mon cœur me donnait des ailes. Je courais pour rendre un service qui me coûtait et tout à coup j'ai senti comme une vibration en moi et je dis : « Jésus, je veux toujours te dire oui ». Après coup, j'ai pensé que c'était là une première « visite » du Seigneur en ma vie, puisque le souvenir en est resté si fort.

A 19 ans, le 12 septembre 1951, au tombeau de S. François à Assise, à genoux sur les marches de l'autel, je priai. Quelque chose a résonné en moi : « Et si tu quittais tout pour Jésus-Christ ? ». Ce n'est pas vraiment une voix, c'est quelque chose qui monte du cœur, comme une inspiration, mais marquant pour toujours, indélébile. Dieu merci ! Je commençais alors un accompagnement spirituel. Plus tard, j'entendrai au fond de moi de la part de Jésus : « Pour toi, j'ai accepté de tout perdre ». C'est encore autre chose.

Dire oui à Dieu, mais où ? Pour moi, ce fut la vie consacrée, après un début de fréquentations. Et ce fut la Congrégation des Sœurs de Saint-Augustin. Pourquoi ? J'avais eu la chance de faire une maturité commerciale, je travaillais à l'Imprimerie chez les Sœurs et je voyais ce « Bulletin Paroissial ». Je me disais : ce petit bulletin si modeste, il s'en va chaque mois dans plus de 200.000 foyers. S'il pouvait être amélioré, si je pouvais y travailler plus tard, j'aimerais bien. La vie des Sœurs, leur travail assidu, leur joie et leur bonté m'ont attirée, avec les temps de prière organisés même pour le personnel laïc. Bref, après un temps dans l'enseignement et trois ans au secrétariat cantonal de l'Action Catholique, me voici au noviciat à 27 ans : vie austère, joyeuse, toute centrée sur l'essentiel, la vie avec Dieu ; et le travail sur soi-même pour lui être disponible. Plus tard, après ma formation, ce sera la mission au Togo, dans une imprimerie de 50 personnes, avec deux journaux catholiques. Ensuite, c'est le lancement d'une nouvelle librairie, le retour en Suisse après 6 ans, l'imprimerie, la rédaction des Bulletins paroissiaux (tiens !) puis les responsabilités dans la Congrégation, les conseils d'administration, les décisions difficiles et leurs conséquences sur les personnes, les réponses aux défis de la technologie et la grande aventure de l'Eglise en ces années conciliaires. Et le développement de notre Congrégation en Afrique, la gestion des biens en commun, l'avenir à préparer.

Peut-on vivre cette vie religieuse au cœur d'une entreprise de presse, dans l'administration, le commerce ? Oui, c'est possible, c'est difficile et c'est très beau, à certaines conditions. Il s'agit en effet, d'un cheminement spirituel dans la découverte progressive d'une intimité avec le Christ, dans l'apprentissage de l'abandon et peu à peu l'acceptation des échecs, des ratés et même des crises, occasions de rebondir autrement dans une nouvelle joie de servir. C'est possible, grâce au soutien de la vie communautaire (avec ses côtés pourtant si rugueux parfois), à la prière persévérante, aux sacrements, à l'accueil quotidien de la Parole de Dieu. En effet, si la vie consacrée est un don de Dieu, c'est bien de Lui que je reçois, jour après jour, ce qu'il faut pour nourrir cette relation avec Lui. Le baiser quotidien des époux, est-ce autre chose ? Le Seigneur a maintes fois renouvelé ses appels, Il y a répondu avec moi. C'est un compagnonnage, des pardons, une alliance d'amour qui dure, ce qu'on appelle « la grâce de Dieu ». En pleine vie active. Avec l'aide de tant de personnes attachées à notre vie. Avec toujours assez de joie pour porter les peines.

A chacun ses appels, sa vocation. Tant de mères de famille m'ont encouragée par leur exemple. Tant de laïcs autour de moi m'interpellent par leur courage, leur honnêteté, leurs engagements. Quant à moi, je dis MERCI pour ce qu'il m'a été donné de vivre, ce qu'il m'est donné de vivre encore, en cette communauté, en ce lieu-source qu'est Saint-Maurice.

16 mai 2014


Sœurs de Saint-Augustin

CP 51
CH-1890 St-Maurice

Tél. +41 24 486 05 11
Fax. +41 24 486 05 05
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Supérieure générale
Sœur Marie-Reine Amouzou, togolaise

Assistante générale
Sœur Franzisca Huber

Conseillères générales
Sœur Evelyne Agbegninou
Sœur Claudia Bachmann

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Sœur Laetitia Amoussou pour l'Afrique


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